Là où règne toujours une chaleur estivale dans le Titanic II

Le sous-sol du Titanic II, l’un des deux bâtiments administratifs de l’OFIT, abrite les trois salles d’un centre de calcul. «Eisbrecher» a pu apprendre, lors d’une visite, ce que représente l’exploitation d’un tel centre, quelles sont les tâches de ses gardiens et comment ces derniers doivent réagir aux situations exceptionnelles.

Vu de l’extérieur, l’imposant bâtiment du Titanic II, à la Monbijoustrasse 74, ne laisse pas supposer qu’il héberge un centre de calcul (CC) souterrain. Un CC est un équipement informatique servant au traitement central des données. L’Office fédéral des constructions et de la logistique (OFCL) et l’OFIT exploitent trois locaux pour ce centre de calcul dans le Titanic. L’évolution du traitement des données et des raisons historiques ont voulu que ce centre soit abrité dans un bâtiment administratif. En effet, lorsque les premiers ordinateurs firent leur apparition, les serveurs étaient encore installés sous forme de tours à côté des écrans. Après un certain temps, la place manqua dans les bureaux. En 1997, il devint donc logique, lors de l’aménagement du bâtiment, d’intégrer dans le Titanic II de petits CC d’autres offices. La consommation électrique et la place nécessaire augmentèrent alors d’année en année, parfois même de 20 %. On plaça d’abord les racks* dans les deux premiers sous-sols, puis dans l’ancienne salle des archives au quatrième sous-sol. L’OFIT put densifier l’occupation des locaux jusqu’en 2008, moment où la consommation électrique atteignit les limites du Titanic II. La Confédération réagit alors en construisant un CC supplémentaire à la Fellerstrasse 15a, à Berne. La virtualisation de serveurs détendit également la situation.

Courants d’air chaud et froid dans le CC

Le traitement des données produit de la chaleur. Des températures estivales règnent donc toujours dans les locaux du CC du Titanic II, c’est-à-dire sur près de 1700 m2 au total. Le refroidissement des systèmes est donc important. Pour cela, tout local abritant un centre de calcul est normalement équipé d’un faux-plancher. Placé latéralement, un refroidisseur d’air circulant souffle de l’air froid qui traverse le plancher et monte entre les racks. L’air réchauffé par les serveurs longe la paroi arrière du rack vers le plafond, où il est traité par le refroidisseur. Les racks encapsulés atteignent un meilleur refroidissement, car l’air froid et l’air chaud y sont acheminés de manière plus efficace (voir figure).

27 degrés en permanence

La température doit rester constante dans les CC, et cela à un niveau adéquat sur le plan énergétique, c’est-à-dire en évitant tout refroidissement inconsidéré. Le rapport entre la puissance fournie et la puissance informatique utilisable devrait se rapprocher autant que possible de 1. Comme l’explique Pascal Gassner, responsable de l’exploitation des CC, lors de la visite, la stratégie énergétique 2050 prévoit une valeur inférieure à 1,3 d’ici à 2030 pour les CC hautement efficaces. La température prescrite par l’Office fédéral de l’énergie pour les locaux du CC du Titanic II est de 26 degrés. «Nous devons donc respecter cette limite et ne pas descendre en dessous de 26 degrés. Avec 27 degrés, la température mesurée actuellement est même d’un degré plus élevée et donc meilleure que la valeur prescrite.»

Les expériences des tests de sécurité qu’effectue chaque année l’OFIT en collaboration avec l’OFCL montrent bien l’importance du refroidissement pour le CC. Le dernier test s’est déroulé à la mi-novembre. «Si la climatisation est en panne, la température augmente d’un degré par minute dans les CC. C’est pour nous le plus grand risque. En dix minutes, il ferait déjà si chaud que de premiers serveurs seraient déclenchés par leur système d’autoprotection», explique Pascal Gassner. Ce fait n’est pas inhabituel pour un CC – et correspond à la norme – mais des tests de sécurité annuels sont très importants pour vérifier notamment cette fonction de refroidissement. Comme l’ont montré les tests, le système de refroidissement fonctionne déjà de nouveau après trois minutes dans le dernier local du CC.

La sécurité est primordiale dans les locaux du CC du Titanic II. Personne ne peut y accéder sans un badge et un code. Les spécialistes autorisés ne peuvent entrer qu’un par un par des portes sécurisées. Comme les accès aux applications concernant le droit public doivent être traçables, les accès sont consignés dans un journal (personne et heure). Le principe du double contrôle doit toujours être respecté. «Personne n’entre donc dans le CC sans nécessité opérationnelle et sans avoir reçu notre autorisation. Et certainement jamais tout seul», déclare Pascal Gassner.

Autonomie électrique pour deux jours et demi

La sécurité d’alimentation électrique est garantie par redondance. En cas de panne de réseau, une alimentation sans coupure, comprenant d’énormes unités de batteries abritées dans un local spécifique, approvisionne immédiatement les serveurs, jusqu’à ce que deux génératrices diesel interviennent pour alimenter également les équipements de climatisation. «Avec les réserves actuelles, nous pourrions produire du courant pour deux jours et demi à l’aide des génératrices de secours», explique Pascal Gassner.

Le refroidissement des locaux du CC est facilité par le fait que le Titanic II repose dans l’eau. Il baigne en effet dans la nappe phréatique jusqu’au milieu du troisième sous-sol. «C’est génial, nous avons la chance de pouvoir refroidir le système à l’aide de l’eau environnante. Nous pouvons tirer de la nappe phréatique 800 kW de puissance de refroidissement. Du côté ouest du bâtiment, deux pompes avec échangeur de chaleur tirent de l’eau à 14 degrés, qui ressort ensuite à 21 degrés du côté est», commente Pascal Gassner.

Système hautement sensible de détection de particules

Les locaux du CC sont protégés contre le feu par un système d’extraction de fumée, qui sert de système de détection précoce. Il analyse en permanence si l’air contient des particules de fumée et détecte même des particules minimes, auquel cas il déclenche une alarme et indique la position de la production de fumée, même si aucune flamme ne s’est encore allumée. Si un incendie se déclare quand même, les détecteurs de fumée interviennent et alarment les pompiers.

Ce qu’apporte l’avenir

Le CC du Titanic II existera encore jusqu’en 2024. Il sera remplacé progressivement par le nouveau CC Campus à Frauenfeld, prévu pour octobre 2019. «Pour nous, cela signifie que nous allons d’abord construire le réseau avant de pouvoir commencer les travaux de déménagement en 2020», dit Pascal Gassner. Ainsi commence aussi une nouvelle ère pour l’équipe du CC. «La construction modulaire offre des possibilités énormes, ce qui constitue pour nous aussi un défi très intéressant à relever», déclare Pascal Gassner.


*Sont normalement abrités dans un rack des serveurs, des raccordements LAN, des commutateurs et des barrettes de prises. Une double alimentation, par deux chemins indépendants, garantit un fonctionnement ininterrompu.

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Acheminement efficace de l’air: racks encapsulés dans le CC du Titanic II à Berne.

Texte: Rinaldo Tibolla

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